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ARTIST STATEMENT

by Kethevane Cellard
April 2018

 

Kethevane Cellard’s work navigates between ink drawings, sculpture, and ochre painting. Rooted in meticulous graphical work, boasting rich textures reminiscent of etching, it has an undeniably meditative quality. Working from preparatory sketches and notes from readings, the artist crafts monochrome, suspended forms, whose appearance is defined by the play of light and shadow. All are ambiguous, hybrid shapes that are difficult to situate in space and time.

These forms are sorted into two symbiotic series. The first one is composed of isolated, floating Impossible Figures. Reminiscent of antique vases, organs and tools, their bodies possessed with a strong sense of presence are recomposed as sculptural objects. Something is at stake between their strange appearance and the fragility of their internal structure.

In the second series, Belonging, entities settle in between pieces of collapsed towers, unfinished sculptures, and archaeological fragments. Other scenes evoke the interplay between time immemorial and the present day, mingling prehistoric art with the contemporary body.

Kethevane Cellard’s recent work approaches colour through the use ochre pigments. These immersive works are an invitation to contemplation, oscillating between the organic, the vegetal, and the mineral, without ever revealing their mystery.


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DÉMARCHE ARTISTIQUE

par Kethevane Cellard
Juin 2019

 

Le travail de Kethevane Cellard navigue entre le dessin à l’encre, la sculpture, et la peinture à l’ocre. Enraciné dans un travail graphique minutieux, aux textures proches de la gravure, sa dimension méditative est indéniable. À partir de croquis préparatoires et de notes de lectures, l’artiste élabore des formes flottantes et monochromatiques, façonnées par la lumière. Toutes sont hybrides, ambiguës, et difficilement situables dans l’espace ou le temps.  

Ces formes s’organisent en deux séries symbiotiques. Dans la première, les Figures Impossibles sont isolées dans le vide. Évocateurs de vases antiques, d’organes ou d’outils, leurs corps chargés d’une intensité de présence se recomposent en objet sculptural. Quelque chose se joue entre l’étrangeté de leur apparence et la fragilité de leur structure interne.

La seconde série, Belonging, traite du sentiment d’appartenance. Des entités y prennent place entre morceaux de tours effondrées, ébauches de sculptures et fragments archéologiques. D’autres scènes évoquent un va-et-vient entre temps immémoriaux et présent, entrelaçant l’art préhistorique au corps contemporain.

Les travaux récents de Kethevane Cellard abordent la couleur par le biais des ocres. Ces œuvres immersives invitent à la contemplation, oscillant entre l’organique, le végétal et le minéral, sans jamais dévoiler leur mystère.

 

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IMPULSE I

by Yaelle Sibony Malpertu
September 2017

 

Kethevane Cellard plays with textures and invites us to cross thresholds and initiate encounters. The forms are clearly defined, but not definitive: who’s to know if they’re not pregnant with another form, or evolving into another material? She is unlike artists who display what they have seen; her creative impulse is more complex. It runs through the written word, interacts with texts, and metabolizes in her drawings and sculptures. She draws inspiration from poetry and science, creates mysteries, one-off solutions, improbable equilibria, and the innermost challenges of children and of those who keep watch.

The path betrays a deeply felt and accepted isolation. This solitude is a starting point for an attempt to reach out. Meanwhile, the definitive shape overcomes this solitude through symbolism, linking the heterogeneous, the different, and initiating the dialogue. Kethevane Cellard has a confident, mature penstroke; it produces shapes, entities with a tangible presence, whatever their size and relationships to one another. She queries the edges by using shapes to resonate with them, to observe the outcome of their immersion in a wide-open space. With no background, no perspective that might create volume, it’s up to the shapes themselves to belong and create common ground. They often defy gravity. They are lucid but not despairing: they herald changes to come.

Those Left Behind overflow with the energy that propels them forward! Where are they headed, imbued with the vitality of the uprooted? These happy few rediscover domains previously thought to be well-known. Towards which horizons do their sails swell (in Untitled with Sails), lifting boulders in their endeavour? Or are the rocks supporting them in a multi-dimensional tension? What would Escher have thought of this concurrent superposition of multiple angles? The Discussion has the structure of a chamber orchestra. Each member plays a melody to embody a shape and bring them together for the duration of the symphony. The energy deployed by each one — to come alive, to express themselves and to communicate – is palpable. We can also hear the awkward moments, the cacophony, the missed interactions, the opportunities for agreement and harmony. Three women move in unity, each one isolated but staring at one another, subject or object—depending. Their proximity shows the entanglement of their situations, in which they grow through subtle, perilous but substantial confrontations.

All those shapes point to existence as a simultaneous ongoing phenomenon as well as a determinate expression of randomness. They also spark daydreams, leading us into a familiar yet alien intimacy: they reveal remote areas of the mind, our other reality.

The very occasional use of color, to underline the movement of a shape or its gravity, and so we realize that Kethevane Cellard’s drawings are mostly devoid of color. It is the forms themselves that provide color.

 

ELAN I

par Yaelle Sibony Malpertu
Septembre 2017

 

Kethevane Cellard joue avec les matières, et invite à franchir les seuils, à tenter la rencontre. Les formes sont définies, mais pas définitives : qui sait si elles ne sont pas fécondes d’une autre forme, d’un mouvement vers une autre matière ? Elle n’est pas comme celui qui voit, puis fait voir. Son mouvement créatif est plus complexe. Il passe par l’écrit, dialogue avec les textes, et se métabolise dans des productions graphiques et sculptées. Elle se nourrit de poésie et de sciences, elle restitue énigmes, solutions ponctuelles, équilibres improbables, défis intérieurs de l’enfant et aussi de celle qui veille.

Le tracé signe une solitude ressentie et consentie. Cette solitude est un point de départ pour tenter la rencontre. Car au même moment, la forme défini(tiv)e la contourne par le symbole, met en lien l’hétérogène, le différent, et engage le dialogue. La plume avec laquelle Kéthévane Cellard dessine est sûre, mûre, elle produit les formes, entités dont on sent la présence, quelles que soient leur taille, leur place par rapport aux autres. Simultanément, elle interroge les contours en les mettant en résonance avec d’autres formes, pour voir l’effet d’immersion dans un espace ouvert. Sans fond, sans cette perspective supposée produire le relief, ce sont les formes qui s’installent et créent l’espace commun. Souvent, elles défient la gravité. Elles sont lucides, mais pas résignées : elles annoncent des mouvements avenir.

Those left behind débordent chacun d’une énergie qui les propulse! Où vont-ils avec cette énergie du déracinement ? Tels des happy few, ils déflorent ce qui prétendait être déjà exploré. Vers quel horizon se gonflent les voiles (dans le Sans titre avec voiles) qui soulèvent les pierres, ou que les pierres retiennent dans une tension multidimensionnelle ? qu’aurait pensé Escher de ce réel vu sous plusieurs angles simultanés, superposés ? La discussion ressemble, quant à elle, à un orchestre de chambre, à chacun de choisir sa musique pour animer les formes et les mettre ensemble, le temps de l’échange. On sent l’énergie déployée par chacune des entités sujets, pour s’animer, s’exprimer, communiquer. On entend aussi les moments cacophoniques, les tentatives d’échanges manqués, et la possibilité d’accords, d’échanges harmonieux. Les trois femmes évoluent ensemble, dans leur solitude et leur regard posé l’une sur l’autre, choses ou sujets –selon. Leur proximité signe la contingence des situations, qui impose de se construire dans des face-à-face subtils, périlleux, mais aussi importants.

Toutes ces formes donnent à penser simultanément l’existence comme phénomène actuel et expression déterminée de l’aléatoire. Elles donnent aussi à rêver, à entrer dans un intime connu et inconnu : elles découvrent des recoins cachés de l’imaginaire – notre autre réalité.

La couleur vient parfois, comme pour souligner le mouvement d’une forme, sa gravité, et nous nous apercevons alors que les dessins de Kéthévane Cellard en sont souvent épurés – ce sont les formes qui les colorent.